Mon parcours capillaire

De ma naissance jusqu’à mon dernier Big chop !

J’ai grandi aux Antilles sur l’île de la Guadeloupe (plus précisément sur la Grande-terre au Gosier), appelée aussi Karukéra l’île aux belles eaux. Un bout de paradis perdu sur la carte. Perdu car elle n’est pas visible sur la map monde et bien souvent inconnue du Monde.

Un bout de paradis avec son histoire, qui malgré elle, a forgé l’esprit de ses habitants.

 

Mais revenons à moi et ce qui nous amène à notre sujet. En 2001, je rentre au collège et ma mère s’occupe encore de mes cheveux autant vous dire que question coiffure ce n’est pas trop ça…

Elle me coiffe systématiquement avec des nattes qu’elle attachent en chignon.

Deux ans après, je fais ma confirmation (sacrement religieux – Initiation chrétienne dans l’Église catholique) l’événement me permet de demander à mère de me laisser faire un défrisage pour l’occasion. Réticente au départ, elle finit par accepter. La transformation ne se fait pas attendre : après le passage chez le coiffeur et dès le lendemain tout le monde au collège veut me parler, tout le monde me remarque, je deviens subitement une jolie fille, une personne intéressante et cela que ce soit pour les filles ou pour les garçons.

Ma vie change, je deviens quelqu’un !

Après ce défrisage, j’alternais avec des périodes de repos capillaires et des assouplissements, à cause de la pression du “qu’en dira-t-on ?”  

La peur de perdre mes nouveaux amis…

Deux ans après mes cheveux se cassent, ils tombent, ma mère décide de les couper. Un moment que j’ai très mal vécu, je passe mes vacances à dissimuler mes cheveux sous une casquette et à prier pour qu’ils repoussent avant la rentrée, je comprends que je dois m’en occuper, mais je ne sais pas comment. Une chose est sure je ne peux plus continuer à les lâcher tout le temps, car cela les abîme.

Mais comme ci cela ne m’avait pas servi de leçon, avant la rentrée je refais un assouplissement et cette fois je me dis que je m’en occuperais beaucoup plus. Toute ma période lycée se passe entre les assouplissements et les petites vanilles (twists).

J’arrive tant bien que mal à gérer et à dissimuler ma vrai nature de cheveux, que moi-même je ne connais pas.

À l’époque ce n’était pas un sujet abordé, mais il était bien présent. D’une part, par les compliments pour certains et d’autre part, par les critères de choix des garçons. Pour ne citer qu’un exemple et celui qui m’a longtemps marqué, les garçons avaient pour habitude de dire à qui voulait l’entendre sur un ton humoristique mais bien réel “Moi, je ne fréquente que des PCCB(s)” ce qui signifiait Po Chapé Chivé Bouclé en créole Guadeloupéen et en Français peaux métissés cheveux bouclés. Donc de façon plus ou moins explicite, si tu n’étais pas dans les critères énoncés tu savais que tu étais un second choix. Car bien entendu, tu pouvais quand-même être appréciée, mais après les PCCBs.

La plupart des filles aux Antilles qui ont les cheveux crépus ont les cheveux courts. Avec du recul, je me dis que nous avons pourtant de quoi faire !

Du coup ma période lycée terminée, je rentre à l’université et rebelote mes cheveux refont des siennes, ils se cassent ! Cette fois, ils ont tenu un peu plus que les fois précédentes, mais la finalité reste la même. Et nous arrivons à mon deuxième “Big chop”, mais je n’assume toujours pas cette touffe crépu (et oui appelons un chat un chat). Je décide donc de continuer à les texturiser, ma coiffeuse me parle d’un produit moins agressif “en théorie…” plus économique, facile à faire et qui donne un rendu plus naturel.

 

J’ai donc opté de 2006 à 2014, pour le WAVE : solution facile, pratique, peu coûteuse et “moins agressive”. Au début j’assumais très peu ma nature de cheveux. Je mentais systématiquement aux gens qui me posaient la question : “C’est la vraie nature de tes cheveux ?”, je répondais “oui oui” et je refaisais mon wave tous les 3 mois, pour ne pas éveiller les soupçons. J’étais devenu esclave de la pensée des gens !

Entre temps, en 2008, j’ai été en couple avec quelqu’un et de 2008 à 2015 je suis restée à lui mentir tout ce temps sur la nature de mes cheveux.

“Vous savez les hommes ne connaissent pas grand chose aux cheveux des femmes.”

il y en a qui pense encore que les rajouts sont les vrai cheveux des Noires et que les blanches ne mettent jamais d’extensions. Bien entendue, il m’a souvent demandé est ce que mes cheveux bouclent naturellement et s’en vantait auprès de ses amis. Mais la peur de voir son dégoût, m’a poussé à rester dans le mensonge pendant de nombreuses années.


En 2014, j’ai d’abord créé une playlist sur YouTube où je recueillais différentes vidéos de blogueuses américaines nappy qui m’inspiraient, histoire d’occuper mes nuits d’insomnie. En rentrant en vacances dans mon île, en novembre 2014, mes cheveux étaient dans un état calamiteux. J’ai donc décidé de faire mon troisième big chop. Le lendemain de mon arrivé je suis allée voir une coiffeuse visagiste qui utilise des produits naturels à base de plante keracare en Guadeloupe  qui se trouve être ma cousine « Marester Lydia 9 Centre d’Echanges – 97110 Pointe-à-Pitre » qui m’a conseillé et rassuré sur mes cheveux. Je repars donc de la Guadeloupe avec les cheveux coupés et non texturisés. Pour la première fois de ma vie, je vais devoir les assumer.

 

A mon retour à Paris, J’ai vraiment eu peur du regard de mes proches, et notamment celui de mon compagnon. Cela fut dur mais, j’ai fait ce que toutes femmes noirs devraient faire face à leur compagnon. Leur expliquer, nos peurs, nos complexes qu’ils mettent malgré eux en nous en dévalorisant le cheveux crépu. Et il faut aussi leur expliquer qu’un cheveux crépu peut être magnifique, mais qu’il fallait du temps de la patience et du courage. Je lui ai surtout montré que j’étais prête à les assumer, quelles que soient ses idées reçues à ce sujet car ma santé était plus importante et que le “qu’en dira-t-on?” . Bien sûr, mon retour n’a pas été facile, j’ai eu des réflexions.

Mais surtout il faut savoir qu’entre le moments où l’on fait son big chop et celui où le cheveux reprend vie, il y a une phase de découragement et presque de dépression. Cette phase je l’appellerais la phase rebelle. Pourquoi ? : parce que malgré toute l’attention accordée et les soins fournis le cheveu devient, je dis bien devient, plus sec et plus crépu qu’il n’a jamais pu l’être. Il fait n’en fait qu’à sa tête. Je pense que cela est dû au manque de produits chimiques qu’ils avaient pour habitude d’absorber. Les soins naturels fournis pendant cette période sont d’une grande importance malgré le peu de résultats visibles. A mon humble avis, c’est une phase à passer et à accepter pour persévérer et récolter les bienfaits des efforts fournis. Il faut être prêt, mentalement et émotionnellement car on en prend plein la tronche. Réflexions, regards, grimaces et j’en passe… Aujourd’hui je les assume complètement, je les adore. Ils sont moi et je suis eux. Maintenant, des gens m’arrêtent pour me demander s’ils sont à moi, qu’ils sont magnifiques. Et je contamine beaucoup de personnes dans mon entourage.

 

Je n’ai aucune formation dans le domaine, mais je fais mes recettes, je teste, je m’inspire et je partage. Je suis de nature curieuse, j’aime tout tester pour pouvoir me faire mon propre avis, et j’adore pouvoir partager mes découvertes avec les gens !

 

Par | 2017-08-25T11:25:48+00:00 août 5th, 2016|Catégories : Le Corps|Mots-clés : , , , , |0 commentaire

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